Poisson frais

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Septembre 2004

Septembre. La Méditerranée frissonne. Les hordes bruyantes et ravageuses qui ont submergés ses côtes s'en retournent. 

La Méditerranée soupire, comme si elle rêvait à une époque désormais disparue. Comme si elle regrettait ce temps où elle était belle, incroyablement belle. Ulysse, alors, la parcourait à la recherche de chimères, les sirènes dormaient sur le sable blond, baleines et dauphins s'ébattaient sans crainte dans l'écume.

 

Une mendole de nuit

 

Septembre. Minuit. Je glisse sans bruit. De peur de la réveiller, je me laisse porter par son fluide. Je m'approche doucement d'une mendole. 

Et là, parmi les gorgones, dans une explosion de couleur, je l'entends rêver sa vie : Des bancs d'oblades, de sars et d'anthias m'offrent alors un feux d'artifice de poissons; coquillages et nudibranches se mettent à danser autour de moi ; crevettes et galathées, parées de leurs superbes armures, paradent devant mon masque ; spirographes et sabelles déploient, sans complexe, leurs plumes pour me saluer; salpes et méduses scintillent dans le noir comme de merveilleux nuages. Ce sont les eaux du miracle, celles qui ont vu la naissance de notre monde. 

Mes yeux ne s'en lassent pas. Et pourtant, mon regard se trouble. Il se perd dans le bleu sans fin de cette mer , car la Méditerranée tremble! 

 

un cadavre de plus ...  pour rien

 

Septembre. Le vent se lève. La houle se forme. Des embruns fouettent mon âme. Une tempête s'annonce. Et la Méditerranée hurle! 

Ce sont maintenant des chalutiers, à la recherche d'abyssales créatures, qui la parcourent. Les derniers phoques moines ont été chassés par le béton. Les dauphins et les baleines ont un sanctuaire pour fuir les filets.

 Là, sur ce sable, piétiné par les derniers estivants, j'écoute les goélands, j'écoute le vent. Vous entendez? ... La Méditerranée appelle à l'aide ...