Poisson frais

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Mai 2007

Je plonge régulièrement dans la rade de Villefranche, un lieu de villégiature qui accueille de plus en plus de monde.

 

Villefranche sur Mer

 

La vague touristique qui s'abat chaque année a, comme partout ailleurs, des conséquences environnementales non négligeables.
Cela fait une quinzaine d'années que je parcours la rade dans ses moindres recoins, que je photographie sa faune et de sa flore. Pas de la même manière qu'un simple badaud qui passe, car, comme vous le savez bien, je vais voir sa face cachée, celle qui est inaccessible à la majorité d'entre vous, et en ramène les clichés qui constituent la majorité des photos présentent sur ce site.
Je ne possède pas de bateau. Pour mes escapades aquatiques, j'utilise soit les services des clubs de plongées, soit je pars tout simplement du bord. Cela m'a permis d'aller un peu partout, des lieux les plus courus à d'autres totalement inconnus.
Pour tout avouer, j'ai pu même en faire la traversée subaquatique d'ouest en est. 

J'y ai vu de tout, du beau, du bon, mais aussi, hélas le résultat de l'activité humaine. Inexorablement la rade est souillée, détruite. Et ce ne sont pas les communes avoisinantes qui feront un effort … ne leur rapportant pas d'argent. 

 

Elle est souillée par le rejet des eaux usées. Il y a visiblement une insuffisance des dispositifs d'assainissement.
Il suffit de se promener sur ses plages après un orage, pour voir quels types de détritus sont apportés par les eaux pluviales.
Il suffit de plonger au pied d'une de ces majestueuses villas, pour voir qu'elles continuent encore d'envoyer leurs eaux sales dans la rade.
Quel maire osera enfin obliger ces bons contribuables à vérifier, voire à changer leurs vieux systèmes d'évacuation ? 

 

canalisation d'eaux usées rompue au Cap Ferrat

 

Elle est souillée par cette vague touristique qui installe pendant deux mois une couche d'huile en surface perturbant les échanges gazeux. Cette vague y laisse aussi un mélange de matières fécales et d'urine qui à haute dose, en plein été, change la nature même du milieu marin. Je n'ose pas vous décrire ce que j'ai vu, sous l'eau, une semaine à peine après l'arrivée de la première déferlante. Tout ceci a des effets non négligeables pour la faune et la flore des petits fonds.
Quel maire osera enfin dire, à ses "invités", que ce sont des cochons ? Quel maire osera dire à ses "invités", que s'ils ne veulent pas respecter la rade, ils peuvent aller passer leurs vacances ailleurs ? Aucun !

 

 

 Elle est souillée par ces communes qui ont installé des bouées limitant la zone des 300 mètres, sans même penser aux dégâts que pouvaient faire leurs chaînes dans les herbiers de posidonies. Ces chaînes, ont toute la saison estivale pour creuser tranquillement des trous de plus de 2 mètres de profondeur sur dix de large.
Grandes destructrices de posidonies, elles n'ont jamais été mises en cause. Pourquoi ?

 

 

 Elle est souillée par ces grands navires de croisière. Outre la pollution habituelle que génère ce type de navire, leurs ancres sont de véritables fléaux.
Ils labourent les champs de posidonies et y laissent des cicatrices visibles pendant de longues années.
Certains tombants, abris biens connus de nos poissons, ont été complètement pulvérisés.
Un obus n'aurait pas fait mieux.
En parlant d'obus, la rade regorge de toutes ces s… que nous ont laissés les militaires aux fils des siècles. Bien que concentrés dans certaines zones, il y en a un peu partout.
Les ancres de ces palaces flottants les déterrent et leur permettent de diffuser à nouveau leur poison.
Quel maire osera empêcher ces navires d'ancrer, ou mieux, de rentrer dans la rade, du moment que ce n'est pas nécessaire pour leur sécurité ? Aucun! Prestige oblige. 

 

Elle est souillée, par tous ces petits bateaux de plaisance. En été la rade, se transforme en véritable port.
Il est marrant de tous les voir, à midi tapante, se précipiter à l'intérieur de la rade, et s'agglutiner pour un bon repas.
Ils feraient mieux de rester dans un port … ce serait plus intime.
Ils nous font cadeau de tout ce qu'ils n'ont que faire (Déchets organiques, fuel et autres bienfaits de la civilisation).
Ces bateaux de plaisance sont aussi un vecteur de diffusion des caulerpes Taxifolia et Racemosa. Ces caulerpes sont maintenant très abondantes dans la rade. 

 

 

Le seul moyen efficace pour lutter contre une pollution est d'en supprimer la cause. C'est pourquoi il est très difficile de trouver des moyens pour résoudre la pollution due au tourisme de masse.
Une loi interdisant la navigation sur nos côtes de tout navire ne bénéficient pas de système de récupération de leurs eaux usées seraient maintenant la bienvenue. Mais il faudrait d'abord équiper tous les ports afin que ces bateaux puissent venir vidanger.
Messieurs les maires, qu'attendez vous pour l'imposer? 

Il n'y a pas de remède miracle. Seule une conscience de tous et un effort réel peut nous y amener à éviter le pire. 

 

 

Mais c'est là que certains ont franchi un pas totalement inadmissible.
Au lieu de chercher à lutter contre les pollutions de toutes sorte, on autorise au contraire à polluer moyennant finance. Vous devez connaître tous maintenant le principe du " droit à polluer " avec la création de la bourse du carbone. Une ineptie.
Dans un autre registre, en France, on vend dans les grandes surfaces des sacs réutilisables mais polluant. Pourtant il existe des sacs biodégradables mais hélas ils ne sont pas " assez " rentables pour nos grandes enseignes. Dans cette histoire, ces dernières s'enrichissent, leurs clients ont bonne conscience mais la planète, elle, continue de trinquer.

Ce principe va être hélas utilisé dans la rade de Villefranche.
Afin de préserver la rade, un effort va être fait pour éviter l'arrachage des caulerpes (oups excusez moi) des posidonies. Des bouées vont être installées, bouées sur les quelles devront s'amarrer obligatoirement les plaisanciers ( pas les immeubles flottants bien sur !). L'amarrage sera évidemment payant. Et, même si cela va à l'encontre du bon sens, il y aura interdiction d'aller ailleurs sous peine d'amende.

Encore une fois, on utilise la protection de l'environnement comme prétexte pour remplir les tiroirs caisses.


Et que croyez-vous qu'il se passera ?
J'entends déjà les maires des communes dont dépend la rade dire à leur administrés, la tête haute : "Regardez ces bouées au large ! Regardez les efforts que l'on a fait pour notre rade " .

Ce que verront les maires c'est surtout la manne financière.
Ce que verront leurs administrés, ce sont des bateaux bien rangés dans ce nouveau port.

 Mais moi, sous l'eau, pendant ce temps je verrai leur rade, je verrai notre rade, je verrai ma rade, continuée à être souillée, jour après jour, année après année ... tourisme oblige.